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Alix Poulet de e-citizen


la fibre de l’entreprenariat social
Publié le 16/12/2009, par Isabelle Boucq
   
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A 26 ans, la co-fondatrice du site e-citizen est heureuse. Utiliser les ressorts des réseaux sociaux pour promouvoir le commerce durable est son aventure quotidienne.

Alix aurait pu être avocate. Mais pendant ses études de droit à Nanterre, elle fait un stage dans un grand cabinet américain et perd rapidement la vocation. « Il n’y avait qu’une seule femme dans le cabinet. Elle avait la cinquantaine, n’était pas mariée et fumait cigarette sur cigarette. » Pas vraiment sa tasse de thé.

Après une licence en droit français et anglo-américain, Alix décide de poursuivre des études de commerce. A HEC, elle choisit le major entrepreneur et part pendant un an faire un tour du monde un peu particulier. Elle visite des dizaines d’entrepreneurs sociaux, des entrepreneurs « qui cherchent la rentabilité, mais en résolvant un problème social. »

Ces rencontres, dont la chronique est toujours en ligne, seront cruciales car elles vont apprendre à Alix le bonheur de « montrer quelque chose de concret et de voir l’impact qu’on peut avoir. » La prochaine étape décisive sera la décision de s’allier à son ami Thomas Lang dès la sortie d’HEC en 2007. Avec ses deux frères, il vient de lancer e-citizen.

« A l’époque, c’était autre chose, une Web TV solidaire qui diffusait des contenus fournis par Canal+ ou l’Ina sur le sujet du développement durable et reversait 50% des revenus à des associations », explique Alix Poulet qui a 24 ans quand elle rejoint l’aventure. « On s’est vite rendus compte qu’on allait dans le mur. C’était dur de monétiser cette idée. »

Qu’à cela ne tienne, tout est dans le repositionnement. Par le hasard d’une rencontre, Alix et Thomas prennent conscience que la mode éthique est une niche méconnue. « On n’avait pas imaginé qu’il y avait une telle offre bien au-delà du poncho péruvien qui gratte. Mais ces bons produits manquaient de visibilité. Nous avons décidé de transformer e-citizen en plateforme de e-commerce. »

Les créateurs de mode jonglent avec la production aux quatre coins du monde, la création et la distribution. Même s’ils sont souvent férus de nouvelles technologies, ils n’ont pas les talents marketing pour se faire une place sur Internet. C’est là qu’Alix et Thomas peuvent les aider. La mode sera un point de départ, mais e-citizen va rapidement s’étendre à toutes les catégories de produits touchés par le phénomène du développement durable.

Le bon produit, le bon buzz

Les deux entrepreneurs sont conscients de leurs forces et de leurs faiblesses. « Nous n’avons aucune expérience dans la vente et pas les épaules pour gérer la logistique et les stocks. Mais c’est dans nos cordes de faire du marketing et d’utiliser le buzz sur les réseaux sociaux. » Logiquement, e-citizen devient une place de marché entre les vendeurs et le public. e-citizen gère la commande et c’est le vendeur qui livre.

Alix et son partenaire partent en chasse pour remplir leurs rayons électroniques : mode,déco, entretien, ameublement, épicerie, cosmétiques, produits pour enfants. « L’enfance est une vraie demande de notre clientèle. Beaucoup de jeunes mamans ne veulent pas exposer les enfants à des produits toxiques. Par contre, la mode n’est plus notre cœur car c’est difficile de vendre des vêtements sans pouvoir les essayer. » Les rayons se remplissent bien puisque le site recense aujourd’hui 4 000 produits.

« Nous passons beaucoup de temps dans les salons. Beaucoup, comme Maison & Objet, ont des corners éthiques. Nous faisons de la veille sur Internet, nous allons à des conférences où nous faisons des rencontres. Le bouche à oreille est très important », raconte Alix. Prochaine niche à explorer, le voyage. « Nous cherchons un bon prestataire de voyages solidaires. »

La spécificité d’e-citizen est de mettre le consommateur en position de prescripteur. « On s’est inspiré des réseaux sociaux. Votre achat s’affiche dans votre profil. Sur une page produit, vous pouvez voir les membres qui ont acheté ce produit et leur poser des questions », explique Alix. Les membres notent et commentent les produits.

« On peut publier un achat sur Facebook ou sur Twitter. Cela crée la discussion autour d’un produit. Les gens sont fiers de promouvoir ce type de consommation et de devenir des ambassadeurs. Pour nous et pour nos partenaires, c’est intéressant d’avoir le retour des consommateurs. »

Après 6 mois en ligne, le site commence à voir quelques clients passer une deuxième commande. « Mais sur Internet en général, les clients reviennent très peu. Nous venons de lancer une campagne d’emailing pour leur annoncer les nouveautés ou les avertir que leur remise va expirer. »

En effet, e-citizen offre une remise de 5% sur chaque commande. Libre au client de s’en servir pour sa prochaine commande ou de la reverser à une association partenaire. « Si la remise est petite, ils ont tendance à la donner. Si elle est plus grosse, ils la gardent. »

Des projets pleins les cartons

Avec les fêtes qui approchent, la jeune équipe redouble d’énergie. Pour les fêtes, le site va ajouter une fonction de chat qui permet de discuter en direct avec d’autres membres. « Nous venons d’embaucher notre directeur technique. Nous espérons embaucher notre responsable du web marketing. Nous avons aussi trois jeunes étudiants qui produisent du contenu qui sert de porte d’entrée au site. » La moyenne d’âge ne dépasse pas 24 ans.

Gérer une jeune entreprise, c’est aussi lever des fonds et trouver un espace. « Pour l’instant, nous sommes hébergés chez le père de Thomas. Mais en février 2010, nous déménageons dans une pépinière de Paris Développement. Nous travaillons aussi sur une levée de fonds qui nous permettra de faire une campagne de communication. »

Alix croit beaucoup au networking. Membre de HEC au féminin, elle appartient aussi à Cyber Elles, l’association des « femmes qui font le web ». Echanger avec des femmes qui rencontrent les mêmes questions dans leur vie professionnelle est enrichissant. « On échange des tuyaux sur des prestataires, des techniques. Mais j’aime aussi voir comment des femmes jonglent une entreprise et la vie avec trois enfants. »

A 26 ans, Alix Poulet est une entrepreneuse heureuse. « C’est agréable de travailler sur un projet en lien avec nos valeurs et avec des gens qui sont dans le même esprit. Il y a la joie d’être son propre patron et de créer une culture d’entreprise même s’il y a aussi des angoisses. » D’ailleurs quoique l’avenir réserve à e-citizen, Alix se voit mal rejoindre ses camarades qui travaillent dans des banques ou dans le conseil. « Je relancerai une autre entreprise ou je travaillerai dans une TPE. »





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