En 2009, ils et elles ont dit…
retro numérique
Publié le 28/12/2009, par Isabelle Boucq
Remontant le temps, nous avons passé en revue les articles de 2009 et extrait quelques citations qui nous ont marqués.En janvier, les Sims font jaser les psys et les historiens
Margherita Balzerani, historienne et critique d’art, participait à une rencontre autour des Sims alors qu’Electronic Arts s’apprêtait à sortir les Sims 3. « Face à une identité numérique, on est proche des dieux car on a un énorme pouvoir. On peut exprimer l’idée de rêves, de désirs, d’aspirations et aller au-delà des limites. C’est le concept du « customize yourself »...Il y a aussi le côté transgendre, l’idée de créer un troisième sexe qui n’existe pas. Dans la simulation de vie, il y a aussi le concept de persistance du vécu ludique. Ce qu’on a vécu dans le jeu rentre dans nos souvenirs. »En février, les réseaux sociaux séduisent les professionnels
Jessica, responsable marketing, est allergique à Facebook qu’elle considère comme un étalage de sa vie privée, mais elle ne pourrait plus se passer de Viadeo, un réseau social professionnel qui lui rend bien des services. « Il y a deux ans, j’ai reçu une demande de rencontre de la part du directeur commercial d’une PME qui cherchait à recruter. Il avait vu mon profil, on s’est parlé par téléphone. En deux jours, j’avais une proposition de CDI…Dans mon entreprise précédente, j’ai recruté une assistante sur Viadeo…Quand je rencontre quelqu’un dans un cadre professionnel, je vais voir son profil sur le site. Les informations qu’on y trouve confirment souvent l’impression qu’on a de la personne. » En mars, Richard Stallman appelle à la résistance contre la loi HADOPI

En visite à Paris, Richard Stallman, créateur de la licence GNU et figure de proue du logiciel libre, s’insurge avec force contre la loi qui veut protéger la création sur Internet. Une version édulcorée de la loi a finalement été adoptée en septembre. « Si cette loi était votée, il ne faudra pas changer vos comportements quotidiens par peur d’être déconnecté, sinon ils auraient gagné. C’est une loi injuste et cruelle. Le gouvernement français est un gouvernement d’occupation qui sert les grandes entreprises et a accepté la mission de maintenir leur pouvoir sur les citoyens…Dire que nous volons les artistes est faux. Il est rare que le prix du disque finance les musiciens, sauf les superstars qui négocient de meilleurs contrats. Le système actuel est minable pour financer les artistes. Je propose un impôt sur les œuvres qui serait reversé aux artistes et aux auteurs selon leur succès, mais avec une racine cubique pour ne pas trop donner aux superstars. Je propose aussi le paiement volontaire avec un bouton pour envoyer un euro à l’artiste. »En avril, Julie Andrieu se décarcasse pour un « livre » de cuisine sur DS
En France, Ubisoft a recruté Julie Andrieu, journaliste culinaire et défenseuse de la cuisine déculpabilisée, pour promouvoir « Mon Coach Personnel : Mes Recettes Plaisir et Ligne », un jeu sur DS prévu pour le mois de juin. « Pour cette génération qui vit dans la virtualité, des recettes sur DS sont plus faciles qu’un livre de cuisine. Le guide les aide dans leur progression. Ce sont des recettes faciles qu’ils ne vont pas rater, ce qui aurait l’effet inverse. La cuisine s’est toujours transmise oralement. Mais cela se perd parce que les parents ne savent pas. Cet outil est légitime car il revient à l’oral. Et pouvoir le contrôler à la voix quand on a les mains dans les épluchures, c’est sympa. »En juin, des psys spécialisés dans le jeu vidéo donnent des conseils aux parents
Elisabeth Rossé est psychologue au Centre Médical Marmottan et a rencontré en 5 ans des dizaines d’ados qui éprouvent des difficultés face aux jeux vidéo. Hélène David est directrice du Centre de Soins Emergence – Espace Tolbiac, spécialisé dans la toxicomanie, et sensibilise les ados à la place des écrans dans leur vie. Voici un condensé de leurs conseils. « Ne rejetez pas le jeu en bloc. Faites-vous inviter par votre ado et intéressez-vous aux jeux qu’il aime. Ce n’est pas le temps passé qui est un problème, c’est le désinvestissement dans tout ce qui n’est pas le jeu. Pas de télé et d’ordinateur dans la chambre est un bon commencement. Il faut leur donner des limites. A 14-15 ans, c’est un soulagement que les parents imposent des limites car eux-mêmes sentent parfois qu’ils perdent pied. » En juillet, Frédéric Couchet défend le libre

En tant que délégué général de l’April, une association de promotion du logiciel libre, c’est son job. A la Cantine dans le 2e arrondissement de Paris, il nous a raconté pourquoi le libre est aujourd’hui à la portée de tous. « Il y a quelques années, je ne vous aurais pas dit que le libre était grand public. Mais aujourd’hui, les programmes sont d’une grande simplicité. Si on n’a pas de pratique informatique, on n’a aucun souci. Si on connaît déjà un peu autre chose, on est un peu dérangé au début. [Rencontrer la communauté du libre lors d’une install party ou d’un atelier] est un bon moyen de casser la peur et de rentrer dans un réseau…L’enseignement est notre priorité. A l’école, on devrait enseigner des usages et pas des logiciels Microsoft. Car cela mène les gens à s’équiper en Microsoft ou à télécharger illégalement. Même chose quand on forme les gens dans des espaces numériques ou à l’ANPE, on devrait montrer des logiciels libres qu’ils pourraient ensuite aller télécharger librement et légalement. Notre combat n’est pas fini. Le monde est en train de changer, de coopérer et de travailler ensemble. Mais on est face à des sociétés qui ne veulent pas changer et qui veulent imposer de nouveaux verrous. »En septembre, Paul Otellini annonce le futur d’Intel

Tous les automnes à San Francisco, l’Intel Developer Forum (IDF) est un rendez-vous incontournable dans le monde de l’électronique. IDF 2009 a réuni 3 000 participants venus écouter, entre autres orateurs, le PDG d’Intel, Paul Otellini. « Les solutions d’Intel débordent des serveurs et des PC, elles sont dans les systèmes embarqués et dans les ordinateurs de poche. Il faut que toutes ces machines fonctionnent ensemble de façon homogène. C’est le continuum de l’expérience informatique….Chez Intel, la loi de Moore [qui postule que le nombre de transistors réunis sur un microprocesseur doublerait tous les deux ans] se porte bien. Nous avons ainsi entamé la production du premier microprocesseur du marché qui sera gravé en 32 nanomètres…Parallèlement, nous avons déjà commencé le développement de notre procédé de gravure en 22 nm et nous avons fabriqué des puces opérationnelles à cette finesse de gravure, des puces qui ouvriront la voie à des processeurs encore plus puissants et dotés de capacités encore plus larges….Nous construisons quelque chose qui est devenu indispensable à la vie quotidienne. » …et de jeunes designers rêvent du futur

Toujours pendant IDF, des étudiants ont été sélectionnés pour présenter des projets qui préfigurent peut-être notre future vie. Ces jeunes gens hyper-connectés sont attachés au concept de lien social dans la famille, dans le quartier, dans les transports en commun, entre les jeunes. Ils ont aussi envie de nous aider à consommer autrement grâce au troc ou à réfléchir aux priorités de notre société. Comme l’explique John Douglass, co-créateur de Brotherhood, une application pour mobiles qui resserre les liens de voisinage. « En pleine récession économique, ce serait sympa de partager nos ressources avec nos voisins et de revitaliser les quartiers. » Quant à Ashley Brown et Laurel Bybee, elles ont eu l’idée d’équiper des wagons de métro de capteurs qui enregistrent le rythme cardiaque des voyageurs t et transforment l’information en différentes intensités de bleu grâce à des diodes LED. « L’idée est de nous sortir un instant de notre tête pour ressentir les choses avec notre corps. »En novembre, les parents se frottent à Facebook

Les réactions varient de l’enthousiasme au rejet. Comme Isabelle qui déplore la fascination pour Facebook parmi les amis de son fils. « Au début de la 6e, Jean-Baptiste s’est senti complètement mis à l’écart par ses copains parce qu’il n’était pas sur Facebook. Je ne suis pas pour car c’est proche du voyeurisme et c’est creux. [Je lui ai proposé de s’inscrire], mais il a refusé car il ne veut pas céder à la pression et il ne voit pas l’intérêt quand on se voit tous les jours. » De l’autre côté, il y a Maile qui est heureuse de voir ses deux fils de 12 et 14 ans sur le réseau. « Nous avons regardé les conditions de protection de la vie privée ensemble et j’ai jugé qu’elles étaient suffisantes. Nous leur avons toujours répété de ne donner aucun détail qui permettrait de savoir où ils habitent…Ils peuvent discuter avec leurs cousins qui sont loin, avec des amis qui ont déménagé, avec des étudiants étrangers qui ont vécu chez nous. Facebook leur ouvre le monde…J’apprends à connaître leurs amis, je vois comment ils pensent et comment ils perçoivent des événements que vivent aussi mes garçons. Je pense que Facebook est un plus dans ma relation avec eux. Cela me permet de mieux les comprendre. Etre un ado n’est pas facile. Je considère que le fait qu’ils veulent être mes amis sur Facebook est une preuve de confiance. »…et une utilisatrice Yahoo se fait pirater
Comme des milliers d’internautes, Nathalie a été victime d’un pirate. « Le message disait que je devais envoyer mon identifiant et mon mot de passe sous peine de voir mon compte Yahoo déconnecté. Normalement, je me serais méfiée. Mais j’étais fatiguée et j’ai envoyé ce qu’ils demandaient. » Ses amis reçoivent un message dans lequel « Nathalie » explique qu’elle s’est fait voler son argent pendant un voyage à Londres et demande qu’on lui envoie 1 300 livres pour la dépanner…Une personne tombe dans le piège et se fait escroquer. Nathalie est déçue par le manque de réactivité de Yahoo. « Franchement, j’ai l’impression que se moquent de leurs utilisateurs et qu’ils sont d’une désinvolture totale. Cela ne les gêne pas que des escrocs utilisent leur service pour plumer les gens ? ». Elle reconstruit tant bien que mal son carnet d’adresses, ce qui lui prend un temps fou. En décembre, l’iPhone devient un instrument de musique à part entière
Ge Wang est professeur de musique à l’université de Stanford et fondateur de Mobile Phone Orchetra (MoPhO). A l’occasion du premier concert officiel de son orchestre, il nous a expliqué que « l’idée est d’utiliser quelque chose d’aussi omniprésent et d’aussi mobile qu’un téléphone pour trouver de nouvelles façons de faire de la musique. »