Accueil » Actu Hi-Tech » Articles de la semaine

L’éducation et le numérique


Lelivrescolaire.fr, pionnier français des manuels interactifs
Publié le 15/02/2011, par Isabelle Boucq
   
|
Nous avons rencontré Raphael Taieb, délégué pédagogique de la société Lelivrescolaire.fr qui a lancé son premier manuel scolaire open source à la rentrée 2010. Il explique comment le livre numérique peut bouleverser l’éducation en motivant les élèves et en faisant faire des économies aux établissements.
Nous avons rencontré Raphael Taieb, délégué pédagogique de la société Lelivrescolaire.fr qui a lancé son premier manuel scolaire open source à la rentrée 2010. Il explique comment le livre numérique peut bouleverser l’éducation en motivant les élèves et en faisant faire des économies aux établissements.





Racontez-nous l’aventure de lelivrescolaire.fr



C’est l’histoire d’un ancien professeur qui a connu Internet à titre personnel et qui a voulu l’appliquer au monde de l’éducation. C’était en 2009. Le site est en ligne depuis mai 2010 et compte déjà 10 000 inscrits, professeurs et élèves confondus. Nous avons aussi vendu 25 000 exemplaires papier de nos deux premiers manuels, un manuel de français et un manuel d’histoire-géographie pour la 5ème. Le projet s’appuie sur trois piliers : le collaboratif, le numérique et le libre.



Justement comment sont élaborés vos manuels ?



Pour les deux premiers manuels, nous avons eu environ 150 membres qui ont contribué. Un petit groupe s’est réparti les chapitres sous la direction d’une directrice d’ouvrage. Les co-auteurs ont relu, commenté et parfois remodelé le contenu. Au lieu de spécialistes de l’écriture, c’est une communauté d’enseignants qui écrit nos manuels. Les utilisateurs de nos manuels nous en font la remarque. Ils nous disent qu’ils sentent qu’il y a un sens de la pédagogie appliquée au quotidien. Nos manuels font aussi l’objet d’une relecture par des universitaires et des inspecteurs pédagogiques qui en certifient la qualité. Contrairement à des projets collectifs d’accès au savoir comme Wikipedia, nous apportons un processus éditorial.



Quels sont les avantages du numérique ?



Les avantages sont légions. En France, le poids du cartable est un vrai problème de santé publique. Il y aussi un enjeu environnemental lié à l’impression et au transport. La logistique représente une grande partie du coût des manuels, il y a donc un aspect économique également. D’un point de vue pédagogique, de nombreuses études ont démontré que le numérique utilisé de façon intelligente dégage des plus-values en termes de motivation, de concentration et de travail hors classe. Avec notre manuel interactif, les élèves peuvent faire du travail à la maison que le professeur corrige sur son ordinateur. Le professeur peut aussi personnaliser son livre, rajouter des textes et des documents. Il devient auteur alors que le papier est statique.





Vos manuels sont en open source. Pourquoi ?



Notre contenu est sous licence Creative Commons (CC-by-SA, partage à l’identique). Nous encourageons les professeurs à créer leur propre contenu à condition de citer la source et de placer les nouveaux contenus sous la même licence. Cela s’inscrit dans une tendance de fond de l’accès libre aux connaissances.


Quels sont les retours sur vos manuels numériques après quelques mois ?




Nous avons des retours positifs sur la gratuité. Les autres expériences jusque-là avaient un coût de licence entre 5 et 10 euros par élève. Nos manuels papier sont vendus 19,50 euros, mais la version numérique est gratuite. Sur l’interactivité aussi, nous avons des retours positifs. Avant, on avait surtout un pdf à l’écran avec une structure sur deux pages et l’interactivité était surtout entre le contenu et l’utilisateur. Notre conception est d’élargir l’interactivité entre les utilisateurs avec les exercices que les élèves peuvent faire à la maison.



Quelles autres initiatives constatez-vous en France ?



En France, Sésamath se démarque. C’est une association de professeurs de math qui produit des manuels de maths en open source depuis 2006. Les éditeurs traditionnels cherchent leur modèle. Pour l’instant, ils offrent des applications téléchargeables avec un peu de synchronisation en ligne, mais toujours payantes. C’est un frein.
En France, on constate que les établissements ont moins d’argent pour les livres et qu’ils ne renouvellent que l’histoire-géographie, mais continuent à utiliser les anciens manuels pour les autres matières alors que les programmes changent en moyenne tous les cinq ans. Nous faisons partie d’un groupe de réflexion avec d’autres éditeurs, tout le monde cherche son modèle.



Que se passe-t-il à l’étranger ?



A l’étranger, nous constatons que la Californie a décidé d’acheter des manuels numériques à cause de pression budgétaire. Plutôt que d’acheter des manuels à l’unité qui coûtent entre 50 et 150 dollars, la Californie a décidé de financer les coûts de conception de manuels scolaires open source, via un appel d’offre et un processus de validation. L’état américain vient par ailleurs de décider d’investir 2 milliards de dollars sur 4 ans pour le développement de contenus open source à destination de l’équivalent des IUT français. Il y a une sélection des éditeurs et il existe maintenant des manuels gratuits sur Internet et imprimables à la demande pour un prix bas qui couvrent le collège et le lycée.





Quels sont vos projets?



D’une centaine de membres, nous sommes passés à 500. Les enseignants ne demandent qu’à participer. Nous préparons un manuel d’histoire-géographie et un manuel de français pour la 4ème ainsi qu’un manuel d’anglais pour la 6ème. Nous lançons aussi un livre d’apprentissage du français aux Etats-Unis rédigé par des professeurs américains qui sortira avant l’été. Au mois d’avril, nous aurons une nouvelle version du site avec les nouveaux manuels et de nouvelles fonctionnalités pour l’interactivité entre utilisateurs. Le numérique ne remplacera pas le papier. Ce sont deux supports différents pour des usages différents. Ils sont complémentaires.





< 1 >

| 1 | 2 |
ACCÈS direct