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Laura Shigihara donne le La des jeux vidéo


Portrait d’une femme IT
Publié le 17/06/2010, par Isabelle Boucq
   
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Laura Shigihara a toujours aimé la musique et les jeux vidéo. Elle n’avait jamais espéré en faire une carrière. Et pourtant à 30 ans, Laura est compositrice de musique pour PopCap, Electronic Arts et d’autres éditeurs. Rencontre avec cette jeune créatrice pleine de projets dans les bureaux californiens de PopCap (supershigi dans les forums).


Raconte-nous un peu ton parcours.



J’ai grandi à San Jose dans la Silicon Valley. Mon père était dans la high-tech. Dans ce milieu, on est censé aller à l’université et devenir médecin, avocat ou ingénieur. Je faisais du piano depuis l’âge de cinq ans, mais je pensais que ce n’était pas une option professionnellement. Je suis allée à l’université de Berkeley où j’ai obtenu un diplôme en relations internationales et en business. La musique restait un hobby. Un jour, j’ai donné un CD à une connaissance au Japon et j’ai reçu des appels de studios japonais pour venir faire des auditions. On m’a offert un contrat que j’ai refusé car il fallait aussi faire des photos un peu osées…Mais l’idée a germé : c’était peut-être possible de faire une carrière dans la musique.



Et les jeux vidéo, quand es-tu tombée dedans ?



J’ai commencé vers l’âge de six ans sur une Nintendo 8-bit. Je jouais à Castle & Rogue et Mega Man du 2 ou 5. J’ai supplié mes parents pour avoir Mario 3. Ils surveillaient sérieusement le temps passé à jouer car ils voyaient d’autres enfants autour de nous qui avaient l’air accro aux jeux vidéo. J’aimais aussi Chrono Trigger. J’ai joué sur beaucoup de consoles : la Super Nintendo, la Playstation, la DS et PC. J’étais très fan de StarCraft sur PC qui n’était pas un jeu fréquenté par les filles aux Etats-Unis contrairement à la Corée. J’aime les jeux qui ont de bonnes histoires.


Comment t’es-tu intéressée à la musique dans les jeux vidéo ?



Pour moi, la musique contribue beaucoup à l’expérience. J’arrêtais souvent le jeu pour écouter la musique que j’enregistrais sur cassette. Il faut écouter la musique. C’est très similaire à du classique avec des mélodies très accrocheuses. Il y a toute une vague en ce moment qui remixe les musiques de vieux jeux. Regardez sur www.ocremix.org. Ils refont la musique de Mario en swing, en techno, en hip hop. Au Japon, on organise des concerts de musique de jeux vidéo et ça arrive aux Etats-Unis aussi. La musique de jeux est maintenant considérée comme intéressante.



Comment as-tu commencé ta carrière ?



En 2004, j’ai commencé à travailler pour une compagnie japonaise qui faisait des outils éducatifs pour enseigner l’anglais aux Japonais. J’étais directrice audio, j’écrivais des chansons, je faisais des podcasts. Et puis un ami m’a proposé de faire la bande son d’un casual game, un jeu de puzzle qui s’appelait Wobbly Bobbly. Je l’ai fait gratuitement, puis ils m’ont embauchée pour d’autres projets. J’ai étoffé mon CV en travaillant beaucoup dans le casual game où c’est plus facile. Les gros studios ont des compositeurs maison.


Et Plantes contre Zombies de PopCap, c’est arrivé comment ?



Mon copain, George Fan, travaillait sur ce jeu et voulait que je fasse la musique pour lui. Quand PopCap l’a embauché pour finir Plantes contre Zombies chez eux, je suis restée freelance sur le projet. Je voulais faire une musique qui aille bien avec le style. Le jeu est macabre et mignon à la fois. Je suis partie sur un style « classique gothique », avec des mélodies et des rythmes moins conventionnels. Par exemple, du swing avec un tempo qui s’accélère quand les zombies attaquent.



Comment travailles-tu ?



Pour Plantes contre Zombies, j’avais une chanson dans la tête et le défi était de la composer électroniquement. J’utilise le logiciel Sonar 6 dans lequel tu cliques sur les notes, tu ajoutes des effets et des samples. Je travaille aussi avec des synthétiseurs. Je joue et j’enregistre, puis je rends à l’éditeur la musique en plusieurs formats. C’est un mélange de software et de hardware.


Que penses-tu de la musique de jeux actuelle ?



Je vois du bon et du mauvais. Ce qui est bien, c’est qu’on prête plus attention à la musique et il y a plus de budget. Les gros studios enregistrent avec des orchestres au complet, par exemple Sony travaille au Skywalker Ranch de George Lucas. Il y a aussi plus de mémoire disponible pour la musique. Mais mes musiques préférées sont toujours celles des années 80 et 90. On s’appuie trop sur la qualité permise aujourd’hui et on met moins de cœur et d’imagination dans la composition. Un bon test est de jouer la musique en qualité inférieure pour voir si elle est toujours bonne.


Sur quoi travailles-tu en ce moment ?



J’ai un projet en cours avec Electronic Arts dont je n’ai pas le droit de parler. J’ai aussi un projet personnel avec le directeur musical de Sony Computer Entertainment, nous écrivons un album ensemble. Je dirais que c’est de la musique pop. J’enseigne aussi le piano à des enfants. Depuis plus de deux ans, je travaille sur mon propre RPG (role playing game) qui s’appelle Melolune. Cela fait longtemps que j’ai écrit l’histoire, j’ai dessiné les personnages. Ce sont deux garçons, des jumeaux, qui sont séparés à la naissance et l’un vit dans une tribu de créatures félines. J’utilise le logiciel RPG Maker et j’ai encore beaucoup de travail. Je fais aussi des échanges avec des amis, par exemple je leur écris une musique contre des dessins. Quand il sera fini, j’essaierai de le vendre en ligne.


Est-ce que tu penses à ton public en termes démographiques ?



Oui, je pense aux joueurs et aux joueuses de plus de 50 ans comme ma mère. La première fois qu’elle a essayé Melolune, elle n’a pas trop accroché. J’ai fait quelques changements et elle est restée scotchée pendant trois heures. Mon jeu lui donne un moyen d’explorer et de faire des choses inhabituelles comme sauter dans l’océan ou faire du parachute. Elle m’appelle pour savoir si la suite est prête. Au Japon, ils ont toujours fait des jeux pour les filles. Aux Etats-Unis, c’est plus nouveau. Je pense que les femmes aiment les aventures où on construit des relations. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de femmes sur World of Warcraft. Elles veulent des personnages forts et pas de nudité gratuite. Mais je fais tout pour que Melolune ne soit pas trop « fille ».


Et à quoi joues-tu en ce moment ?



J’essaie de me calmer car je me suis fait mal au poignet en jouant. Mon habitude est d’avoir un jeu « sérieux » et quelques jeux sur DS comme Animal Crossing. En ce moment, je joue à World of Warcraft Defense of the Ancients (DOTA). Au début, ce n’est pas fun du tout. Je joue avec des amis qui sont des hommes, mais c’est amusant de voir que c’est principalement une communauté de garçons de 14-15 ans pleins de rage…


Pour suivre Laura et écouter sa musique :
Vidéo musicale de Plantes contre Zombies
Le site de Laura
Wobbly Bobbly

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