Le journalisme revu et corrigé
Publié le 10/11/2011, par Isabelle Boucq
Quand les journalistes parlent des « nouvelles pratiques », ils confirment que leur métier est touché par Internet. Recherches sur le Web, réseaux sociaux, nouvelles formes de narration, data journalisme... toutes ces pratiques intègrent petit à petit les média traditionnels.
Les 5e Assises Internationales du Journalisme se tenaient cette semaine à Poitiers dans l’espace flambant neuf du TAP (Théâtre & Auditorium de Poitiers). Mais à deux pas de la rue Théophraste Renaudot, médecin de Louis XIII et protégé de Richelieu qui lança un des tout premiers hebdomadaires français, La Gazette, en 1631. Un précurseur de la presse, mais certainement pas d’une presse libre et indépendante du pouvoir. Le conflit d’intérêt est bien assumé puisque Richelieu fait de La Gazette un organe de propagande politique avec à la clé un monopole accordé à Renaudot. Presque 400 ans plus tard, le conflit d’intérêt est toujours d’actualité. C’était un des sujets de ces Assises qui mêlaient ateliers professionnels, débats ouverts au public et interviews de présidentiables menées par plusieurs journalistes « stars ».« Les écoles de journalisme, laboratoires de nouvelles pratiques ? », voilà un thème qui peut sembler une question qui n’intéressera que les professionnels. Mais évidemment la formation des jeunes journalistes et les pratiques des média influencent ce que nous lisons, écoutons et regardons tous en tant que citoyens. Avec un premier constat des intervenants qui représentaient une dizaine des principales écoles de journalisme (CELSA, CFJ, EDJ de Sciences Pô Paris, EJDG Grenoble, IFP, IUT de Lannion,…) sur une nouvelle donne. Finalement, ce n’est pas seulement une question d’outils techniques forcément amenés à évoluer sans cesse, mais plutôt d’une nouvelle attitude à intégrer pour les journalistes dont les lecteurs/spectateurs sont devenus des créateurs d’information dans un échange à deux sens facilité par les nouvelles technologies. Une autre dimension du changement est la production et la consommation de l’information en mobilité, sur les smartphones et les tablettes numériques. A Ouest-France, certains journalistes ont reçu de « petites » formations sur le tas pour utiliser leur iPhone pour capturer de courtes vidéos à mettre en ligne.
Tous les représentants d’école s’accordent sur un point : former les étudiants aux nouvelles technologies, bien sûr. Mais sans faire l’impasse sur les fondamentaux comme les techniques d’enquête, la vérification des sources et les questions d’éthique professionnelle. Les écoles ne peuvent pas non plus supposer que les nouvelles générations sont nécessairement expertes des réseaux sociaux ou des dernières technologies. Un étudiant m’a avoué qu’il n’avait jamais utilisé Twitter avant d’entrer à l’école de journalisme alors que les écoles insistent sur la nécessité de se créer une identité numérique professionnelle sur les réseaux. Il y a donc beaucoup à faire pour non seulement éduquer, mais donner un regard critique sur les nouvelles pratiques. Pour exemples, voici quelques projets développés au sein d’écoles de journalisme pour sensibiliser leurs étudiants à ces « nouvelles pratiques ». Web reportage (IUT de Lannion et CFPJ)
Chaque année, les étudiants de l’IUT planchent sur un thème. En 2010-2011, le thème du « temps libre, temps libéré » a été décliné sur quatre supports : internet, presse écrite, radio et télévision. Voici la version web reportage basé sur plusieurs jours au sein d’une abbaye locale qui a d’ailleurs été repris sur le site d’un magazine religieux. Mais vous pouvez aussi écouter l’émission radio, regarder l’émission télé ou lire le magazine (suivre ce lien). Autre exemple avec le reportage interactif réalisé par des stagiaires du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ), des journalistes en formation continue donc.Fact checking en direct (CFJ)
Le fact checking, c’est tout simplement la vérification des infos. Une pratique de base du journalisme qui prend un nouvel angle grâce à Internet. En ces débuts de campagne présidentielle, les étudiants du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) lancent en partenariat avec YouTube et l’AFP une chaine dédiée aux élections . Non seulement les questions posées aux politiques viennent des internautes, mais une équipe d’étudiants armée d’ordinateurs vérifie en permanence les propos et les chiffres lancés par le candidat pour le mettre face à ses éventuelles erreurs ou contre-vérités.Un observatoire du journalisme sur Internet (EJDG Grenoble)
Pour donner le réflexe de la veille technologique indispensable dans un domaine qui bouge continuellement, cette école de journalisme grenobloise a créé son observatoire du journalisme sur le web . « Pendant leurs deux ans à l’école, les étudiants alimentent le site avec leur veille et leur recherche », explique Nathalie Pignard-Cheynel, la directrice de l’EJDG Grenoble. « Ils font des brèves, des interviews, des papiers d’analyse. Ils se font des contacts, pratiquent l’écriture web et ramènent cette notion de veille dans leur entreprise. »Datajournalisme (l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine)
Il s’agit de traiter des données brutes, souvent issues de sources publiques, pour les mettre en perspective et les rendre digestes, selon Marie-Christine Lipani-Vaissade, maitre de conférences à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA). L’exercice demande idéalement la collaboration d’un journaliste, d’un développeur et d’un infographiste. L’IJBA est en train de mettre en place un module d’enseignement sur ce thème. Pour un exemple de journalisme des données, voir le site ActuVisu , prototype imaginé par des étudiants de deux écoles.