Le libre, pourquoi pas vous ?
un vent de liberté souffle sur les logiciels
Publié le 18/08/2009, par Isabelle Boucq
Fut un temps où installer Linux sur son ordinateur était une opération un peu ésotérique réservée aux initiés. Plus maintenant, nous raconte Frédéric Couchet qui est l’un des principaux champions du logiciel libre en France.« Promouvoir et défendre le logiciel libre », c’est la devise d’April qui fait des pieds et des mains depuis 1996 pour démocratiser le logiciel libre auprès du grand public, mais aussi des professionnels et des administrations. Avec un succès notable auprès de ces deux dernières catégories depuis quelques années déjà et plus récemment auprès du grand public. Le délégué général d’April, Frédéric Couchet, est une figure de proue du libre français. Nous l’avons rencontré à la Cantine, le repaire branché du high-tech parisien dans le 2e arrondissement. Son association se porte bien et sa dernière campagne d’adhésion a eu un certain succès auprès du grand public. Une autre preuve du succès du libre ? Le navigateur open source Firefox fait de plus en plus d’émules et distance Internet Explorer, le navigateur de Microsoft.Définition
Mais qu’est-ce que le logiciel libre ? L’April utilise une analogie culinaire assez parlante. « Imaginez que vous vous trouviez dans un restaurant et que vous mangiez un excellent repas. Peut-être aurez-vous l’envie de le cuisiner le lendemain chez vous pour vos amis ? », explique l’association sur son site www.april.org. « C’est impossible, car vous n’avez pas la recette du plat. Vous pouvez toujours le manger dans le restaurant, mais même si vous connaissez le goût, vous ne savez pas comment le reproduire. »« En informatique, c’est la même chose avec un logiciel », poursuit l’April. « La plupart des logiciels sont distribués sans leur recette, et il est interdit d’essayer de comprendre leur fonctionnement (on parle dans ce cas d’un logiciel propriétaire). Il est interdit de les partager avec vos amis, et il est interdit d’essayer de les modifier pour les adapter à vos besoins. ». Parmi ces logiciels propriétaires classiques, le grand méchant Windows à qui les adeptes du libre aiment donner des sobriquets moqueurs comme Windaube.Par contre, un logiciel libre garantit plusieurs libertés à son utilisateur : liberté d’utiliser le logiciel pour quelque usage que ce soit, d’étudier le fonctionnement du programme pour l’adapter à ses propres besoins avec accès au code source, de redistribuer des copies de façon pour aider son voisin et d’améliorer le programme en diffusant ses améliorations au public.Pour les adeptes du libre, l’enjeu est technique (de meilleurs logiciels répondant mieux aux besoins des utilisateurs puisqu’ils sont impliqués dans le développement, des améliorations plus rapide, une question de choix) et idéologique (sortir d’un monopole et de la dépendance envers des multinationales peu réactives). « Le libre est un mode de fonctionnement de société qui respecte l’utilisateur au lieu d’être une boite noire. Il y a aussi la diversité de choix. Dans une moindre mesure, les gens sont motivés par le coût car c’est moins cher que les logiciels propriétaires », explique Frédéric Couchet.La vente liée, ce n’est pas terminé
Pour que le logiciel libre ait toutes ses chances face à Windows et aux autres logiciels propriétaires dominants, les associations de promotion du libre demandent depuis longtemps que le système d’exploitation de Microsoft ne soit plus installé d’office sur les machines ou, au pire, que son coût soit remboursé aux utilisateurs qui ne souhaitent pas l’utiliser. Mais ce phénomène, qu’on appelle la vente liée ou forcée, a la vie dure.Sous la pression des associations de consommateurs et de défense du libre qui ont saisi la justice et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), les choses évoluent. Mais elles bougent lentement. Dans les magasins Auchan, Darty et Fnac, par exemple, les clients sont informés qu’ils peuvent désinstaller et se faire rembourser Windows sur les PC de certaines marques (Acer, Packard-Bell, Asus, Toshiba et Fujitsu). Aux dernières nouvelles, certaines marques comme HP, Dell, Lenovo, Apple et Sony faisaient toujours de la résistance. Pourtant, des utilisateurs amateurs de libre ont pu se faire rembourser Windows (entre 50 et 100 euros pour Vista).« On demande la transparence sur le prix des composants et les conditions d’utilisation. Est-ce une version complète ou une version de test ? », explique Frédéric Couchet. « Le gouvernement pousse pour le remboursement, mais ce n’est pas normal. » Effectivement, la démarche est compliquée et assure que la plupart des utilisateurs, sauf les plus motivés, restent sous Windows. Passer à l’action
Au lieu d’acheter un PC équipé de Windows et de se lancer dans un parcours du combattant pour le désinstaller, ne serait-il pas plus simple de s’équiper en libre d’emblée ? Il existe effectivement des sites qui vendent du matériel équipé de logiciels libres. Voici deux adresses de sites pour les particuliers : Anti-Bug Computers et Novatux .Si le libre vous tente, vous pouvez recevoir de l’aide de cette communauté en général assez partageuse et accueillante. Par exemple, lors d’une install party où on peut arriver avec son ordinateur sous le bras et se faire aider pour installer une des « distributions » de Linux (Ubuntu, Mandriva,…). Dans toute la France, des utilisateurs de libre se regroupent pour organiser des ateliers, voire des apéros. Pour trouver dans votre région, rendez-vous sur le site l’Agenda du Libre. « C’est un bon moyen de casser la peur et de rentrer dans un réseau », explique Frédéric Couchet. « Il y a quelques années, je ne vous aurais pas dit que le libre était grand public. Mais aujourd’hui, les programmes sont d’une grande simplicité. Si on n’a pas de pratique informatique, on n’a aucun souci. Si on connaît déjà un peu autre chose, on est un peu dérangé au début. » « Chaque distribution comprend le système d’exploitation et un choix d’applications », continue le chantre du libre. Firefox pour naviguer sur Internet, Open Office pour la bureautique, Gimp pour les images, VLC pour la vidéo ou encore Pidgin pour la messagerie instantanée. « On peut aussi avoir les deux systèmes d’opération et choisir au démarrage. »Les générations futures
Pour les années 2009-2014, l’April s’est fixé une feuille de route. « L’enseignement est notre priorité. A l’école, on devrait enseigner des usages et pas des logiciels Microsoft. Car cela mène les gens à s’équiper en Microsoft ou à télécharger illégalement », affirme-t-il. « Même chose quand on forme les gens dans des espaces numériques ou à l’ANPE, on devrait montrer des logiciels libre qu’ils pourraient ensuite aller télécharger librement et légalement. »« Notre combat n’est pas fini. Le monde est en train de changer, de coopérer et de travailler ensemble. Mais on est face à des sociétés qui ne veulent pas changer et qui veulent imposer de nouveaux verrous », s’emporte Frédéric Couchet. « Plus on verrouille les choses, plus on risque de délégitimiser le droit d’auteur. Au Ministère de la Culture, on a des gens qui ne comprennent pas les changements de société et qui croient toujours que le téléchargement s’oppose à l’achat. Mais, on peut bien aller dans des bibliothèques emprunter des livres et aussi en acheter. »Une conversation avec un défenseur du logiciel libre n’est jamais monotone. Ils ont des convictions fortes et ont réussi à faire bouger les choses dans les entreprises et dans les administrations au fil du temps. Et vous, êtes-vous convaincue ?