Niamh Scannell, co-directrice du TRIL Centre
l'alliance techno et santé
Publié le 18/09/2009, par Stéphanie Chaptal
Directrice de recherche européenne pour la division Santé d’Intel, Niamh Scannell fait collaborer ingénieurs, anthropologues et médecin pour aider les personnes âges à conserver le plus longtemps possible leur indépendance.Co-fondé en janvier 2007, le TRIL (Technology Research on Independant Living) Centre de Leixlip réunit universitaires et ingénieurs pour étudier les processus de vieillissement et comprendre comment les technologies modernes peuvent aider les personnes âgées à rester le plus longtemps possible indépendantes.Quel est le rôle de TRIL ?Nous étudions le processus de vieillissement et nous essayons de trouver des moyens techniques d’y pallier dans trois domaines distincts – la prévention des chutes, le développement cognitif et le maintien de relations sociales. Environ 70 personnes travaillent au sein de TRIL : des universitaires (médecins, anthropologistes, etc.), mais également des développeurs et des techniciens. Comment arrivez-vous à les faire tous travailler ensemble ? Une partie de mon travail est de faire de la gestion de projet classique : mettre en place les équipes, s’assurer que l’on tient les délais de production et surveiller l’ensemble du projet pour le compte d’Intel. L’autre partie est un travail de traduction. À partir d’une étude scientifique pure, je traduis le résultat en besoin pour les ingénieurs et les développeurs qui conçoivent un produit. Par exemple, nous avons un projet autour de la perception multisensorielle. Nous nous sommes aperçus que chez les personnes âgées, le cerveau surintègre les perceptions. Cela change la donne lorsqu’on veut utiliser des systèmes de téléconférences avec eux. Ainsi, ils comprennent mieux ce qu’on leur dit s’ils voient leur correspondant en plus d’entendre sa voix. Vous avez une formation médicale ? Pas du tout. Je suis ingénieur de formation. Plus jeune, j’ai toujours été intéressée par les casse-têtes, et les puzzles, mais lorsqu’au lycée on m’a offert un cursus spécialisé en mathématique, j’ai reculé devant la masse de travail que cela représentait (trois fois plus de livres que la normale !). Mon père m’a encouragée « S’ils t’ont fait cette proposition, c’est que tu peux réussir ». J’ai suivi cette voie et ai finalement décroché mon diplôme d’ingénieur avec une spécialisation en mathématique.Comment êtes-vous entrée chez Intel ?Dans les années 80, à la fin de mes études, il n’y avait pas beaucoup de travail en Irlande. Comme beaucoup d’Irlandais immigraient clandestinement aux États-Unis pour y travailler, le sénat a mis en place une procédure spéciale, le « Donnely Visa » pour attribuer via une loterie un certain nombre de visas de travail aux Irlandais. J’ai fait ma demande pour l’un d’entre eux, comme tous les autres étudiants, puis l’ai complètement oubliée. J’ai trouvé du travail chez DEC, et trois ans plus tard j’ai reçu une lettre m’indiquant que ma demande de visa était acceptée. DEC a accepté de me relocaliser en Californie. Quand la société a disparue, Intel projetait d’ouvrir une usine en Irlande et je suis revenue. Au départ je travaillais au support technique, puis comme manager.Tout ça est très loin du TRIL, non ? Je m’ennuyais à mon poste. Au début des années 2000, Intel a créé une équipe spécialisée dans les acquisitions et les fusions. Je l’ai rejointe, mais j’ai subi des problèmes de santé liés à ma seconde grossesse qui a réveillé une vieille blessure au dos. J’ai eu une très mauvaise expérience avec mon suivi médical : je devais répéter sans cesse les éléments importants de mon dossier, deux médicaments qu’on m’a donnés étaient incompatibles entre eux et m’ont rendu encore plus malade… Comme j’en discutais avec Intel, nous avons décidé de trouver un moyen d’aider le système de santé. Nous avons créé Digital Healthcare (Système de santé numérique) en 2005. Au départ, j’étais seule pendant 6 mois. Il a fallu monter l’équipe en tenant compte des spécificités de l’Europe (la façon de vieillir et de considérer le vieillissement aux États-Unis et en Europe est différente, le système de santé est très différent). Puis nous avons sélectionné des personnes avec un passé scientifique ou technique de pointe, mais également avec des intérêts multiples et nous prenons régulièrement le temps de les asseoir autour de la même table. De ces rencontres naissent nos idées : coussin de biofeedback pour prévenir les vertiges, visiophone permettant également de regarder et d’écouter des podcast puis de chatter sans ordinateur, capteur de santé intégrés aux meubles et non à porter sur la personne, système d’alerte en cas de chute.Pour en savoir plus sur l’action du TRIL, et voir quelques-unes de ses réalisations, visitez le site Web de l’organismeTrilcentre.org