Accueil » Actu Hi-Tech » Articles de la semaine

Partage sur Internet


Storify : les internautes deviennent éditeurs
Publié le 17/11/2010, par Isabelle Boucq
   
|
Cette start-up donne un outil aux média – et à nous tous – pour raconter des histoires en rassemblant et en organisant des éléments déjà disponibles sur Internet. Rencontre avec Xavier Damman, le cofondateur belge de Storify, à San Francisco.


Pour raconter l’aventure de Xavier Damman, on pourrait presque se passer de le rencontrer en personne. Il suffit de se connecter sur « Story of Storify » pour comprendre sa frustration de jeune entrepreneur en Europe, son départ pour San Francisco à l’été 2009 avec sa petite amie et la série de rencontres qui l’ont mené à créer Storify en partant de son projet Publitweet.
Mélange de ses commentaires, de vidéos, de tweets et de sources diverses, ce lien fonctionne comme une archive du mythe fondateur de la société et de l’aventure personnel de Xavier Damman.



Storify : « outil qui amplifie la voix des gens qui ont une forte envie de partager »



Mais rien ne remplace vraiment une rencontre face-à-face. Storify, c’est un minuscule bureau dans un bâtiment qui héberge également Twitter, le grand frère et inspirateur, dans un quartier central de San Francisco prisé des startups. Nous nous installons dans le lobby-cafétéria du bâtiment à un long comptoir où viendront s’asseoir plusieurs groupes de jeunes salariés en discussions intenses. Un endroit naturellement propice au networking et à l’échange d’idées.
« Twitter, c’est pour les gens qui veulent s’exprimer publiquement. Facebook, c’est pour partager avec ses amis. Storify est un outil qui amplifie la voix des gens qui ont une forte envie de partager », explique Xavier Damman. De fait, le site , qui est encore en bêta privée, est confondant de simplicité pour l’utilisateur.






Compiler la multitude d’informations



On choisit un sujet, puis on va à la pêche sur Twitter, Facebook, Flickr, YouTube, Google News et les flux RSS pour trouver des « contenus » déjà en ligne sur le sujet grâce à un outil de recherche intégré. Dans la partie droite de l’écran, on glisse et on dépose (drag and drop, si vous préférez) les éléments choisis. L’auteur exerce donc un choix éditorial et habille le tout de sa propre introduction et de commentaires.
Le résultat – un amalgame de sources variées et de commentaire personnel, voire d’analyse – a vocation à être partagé en un clic sur Twitter, Facebook, un blog ou n’importe quel site. En anglais, ce processus s’appelle « curation », un concept difficile à traduire qui évoque la conservation et la préservation de données comme peut le faire un conservateur de musée.
« Nous comptons remplacer l’Associated Press et Reuters », avance Xavier Damman dont le cofondateur, Burt Herman, a travaillé douze ans pour Associated Press. Burt Herman est devenu une figure de proue d’un nouveau journalisme assisté par les nouvelles technologies avec son groupe Hacks/Hackers qui rassemble journalistes et férus de technologie un peu partout sur la planète.
Traditionnellement, les agences de presse comme AP entretiennent un réseau de reporters dans le monde entier et revendent leurs articles aux média qui ne peuvent pas être présents aux quatre coins du monde. « Avec Internet, on a 500 millions de reporters dans le monde entier. Je peux rapporter un fait que j’ai vu et entendu avec un téléphone », s’enthousiasme le jeune ingénieur et entrepreneur.



Déjà utilisé par la presse



Mais attention, Storify ne compte pas enterrer les journalistes pour autant. « Tout le monde peut être reporter. Mais tout le monde ne peut pas être journaliste et on a toujours autant besoin de journalistes pour raconter des histoires. On leur donne simplement accès à plus d’éléments », continue Xavier Damman.
Lancé en septembre 2010, le jeune site a déjà quelques succès à son actif. Utilisé sur les sites du Washington Post aux Etats-Unis ou de Métro et Marianne en Europe, Storify permet à ces média classiques de réagir rapidement pour couvrir une catastrophe naturelle, des élections, des manifestations ou des événements sportifs et culturels en s’appuyant sur les photos, les vidéos et les commentaires postés sur Internet. A titre d’exemple, le Washington Post a utilisé Storify pour couvrir les récentes élections américaines .



Utile aussi pour vous !



Mais Storify n’est pas réservé aux journalistes et aux bloggers. Xavier Damman envisage aussi des utilisations plus personnelles. On peut raconter sa propre histoire comme il le fait lui-même. « Pour un mariage, Storify permet de faire un collage des meilleures photos, un « best of » venus de tous les invités », explique-t-il.
Pour l’heure, Storify n’est pas encore ouvert au public et n’est accessible que sur invitation. Mais Xavier Damman est résolument optimiste. A l’image de cette ville où il a débarqué sans aucun contact, à part l’adresse d’un compatriote dont il a squatté le canapé pour quelque temps. Mais de rencontre en rencontre, il s’est rapidement forgé un groupe d’alliés et de partenaires. « J’aimerais exporter le principe du « forward payback » en Europe. C’est le concept qu’en échange de l’aide qu’on reçoit, on aide quelqu’un d’autre. »
Storify est un nouvel outil pour les journalistes – et donc leurs lecteurs – qui permet de mettre à jour des informations importantes et pour l’instant perdues dans la masse. Il est dans l’air du temps de prendre des infos ici et là et de leur transmettre sous une forme nouvelle. On recycle énormément sur Internet, mais pas toujours en ajoutant de la valeur au passage. On peut craindre des utilisations inintéressantes de Storify tout comme on peut imaginer que les journalistes et les internautes s’en servent pour raconter des histoires importantes.



Découvrez la vidéo de présentation



Storify demo from Burt Herman on Vimeo.





< 1 >

| 1 | 2 |
ACCÈS direct