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Qui sont les nouveaux média américains ?



Publié le 31/05/2010, par Isabelle Boucq
   
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Pendant qu’on débat à longueur de colloques sur l’avenir des média, des pionniers retroussent leurs manches et inventent le journal du futur.



En France, on connaît les exemples de Rue 89, Backchich et Mediapart . Lancés voici quelques années par des journalistes venus de la presse écrite « classique », ces nouveaux média inventent un nouveau modèle sur Internet, parfois avec une déclinaison papier. Mediapart, par exemple, se décrit comme un « journal d’information numérique, indépendant et participatif ». Quelques années après leur lancement, ils ont fait leur place grâce à un mélange de professionnalisme et de ton personnel, d’avis d’experts et de participation importante des lecteurs, d’abonnements et d’articles gratuits.

Aux Etats-Unis aussi, les journalistes et les éditeurs s’activent pour trouver la formule qui attirera les internautes et financera leur travail tout en tirant partie des avantages d’Internet. Signe des temps, l’école de journalisme de l’université de Berkeley propose une classe pour les futurs journalistes-entrepreneurs, pleinement consciente que la plupart d’entre eux n’iront pas travailler dans la rédaction d’un grand quotidien. Il est plus probable qu’ils participeront au lancement de nouveaux projets en ligne. De plus, l’école plonge dès le départ ses étudiants dans un « multimédia bootcamp » où ils apprennent à manier la vidéo et le son autant que le verbe.


Hyper local : le nouveau credo




Voici un des sites alimentés par les apprentis journalistes de Berkeley. Mission Loc@l est un site hyper local sur le Mission District, un quartier défavorisé de San Francisco ignoré des média traditionnels. « Nous croyons qu’en couvrant un quartier de façon juste et complète, nous pouvons construire une communauté et un modèle durable pour un journalisme de qualité », annoncent les étudiants impliqués dans Mission Loc@l en guise d’introduction. Le projet est financé par une fondation privée, une des pistes privilégiées par de nombreuses initiatives. Forcément, puisque les internautes ne se précipitent pas pour payer leurs journaux en ligne.



Les habitants du quartier, sondés dès le départ sur leurs attentes, sont des lecteurs actifs et réactifs. L’équipe se réunit toutes les semaines dans un local loué dans le quartier pour des conférences de rédaction. Chacun leur tour, ils remplissent le rôle de rédacteur en chef. Puis ils écument le quartier, micro et caméra en mains. Hélène Goupil vient de recevoir une maitrise en journalisme et faisait partie de l’équipe qui a lancé Mission Loc@l. « Ce qui est génial, c’est de pouvoir essayer des choses pour lesquelles on n’aurait pas le temps ou le budget dans un journal. Je sais que je suis maintenant capable de faire de bons reportages pour un site. J’en ai marre qu’on me parle de la mort du journalisme. On aura toujours besoin d’informations”, affirme avec conviction la jeune journaliste.


Une liste de sites hyper locaux intéressants suivre le lien


Un rôle inhabituel : organiser une communauté




Le rôle des journalistes change. Non seulement ce sont des hommes et des femmes orchestre qui savent raconter des histoires en mots, en images et en sons, mais ils doivent être à l’écoute de leurs lecteurs comme jamais dans le passé. Ces lecteurs leur apportent des pistes de sujet, des commentaires, des informations brutes, parfois des photos et des vidéos. Selon Robert Niles de la Online Journalism Review, les startups médiatiques doivent régler des problèmes dans la communauté. Ces nouveaux média doivent repérer les maux dont souffre leur écosystème et mobiliser leurs lecteurs. Avec le rôle de « community organizer », on est loin de la fameuse et impossible objectivité chère aux écoles de journalisme. N’oublions pas non plus que c’est en tant que « community organizer » que le président Obama a fait ses débuts à Chicago.



Un exemple est le site d’actus Broken Sidewalk à Louisville dans le Kentucky. Lancé sous forme de blog en 2006 et dédié au développement dans le centre ville, Broken Sidewalk couvre maintenant plusieurs quartiers de la ville et a élargi ses sujets aux transports, à l’immobilier et aux nouvelles générales. « BS est plus qu’une source d’information, c’est un dialogue. Ce qui fait que BS fonctionne c’est le retour de notre communauté d’utilisateurs qui aide aussi à faire vivre le site », explique son éditeur. Le site qui vit de la publicité offre le service phare See.Click.Fix, disponible sur de nombreux sites de quartier. Il s’agit pour les lecteurs de signaler des problèmes et de pouvoir suivre la réponse des services municipaux.

Une liste de sites communautaires à suivre suivre le lien


Journalisme d’investigation : les mécènes à la rescousse




La région de San Francisco a un tout nouveau site d’actualité lancé le 26 mai. Le Bay Citizen couvrira les sujets habituels d’un quotidien local : éducation, gouvernement, business, crime, etc…Mais ce n’est pas un média comme les autres malgré son équipe éditoriale débauchée de journaux et magazines classiques. C’est une organisation « non-profit » qui est financée par ses membres – une vaste campagne a été lancée pour recruter des membres fondateurs et les donations sont les bienvenues – et par un philanthrope, un homme d’affaires local inquiet de voir les média disparaitre. Autre distinction, le Bay Citizen est une collaboration entre l’école de journalisme de Berkeley, le New York Times et d’autres journaux locaux qui se fixent comme objectif d’encourager la participation des lecteurs à la vie civique. Une autre particularité du site va être de repérer des articles intéressants sur des blogs locaux pour les proposer à son lectorat contre un paiement de 25 dollars au bloggeur.




California Watch est un autre exemple d’une organisation qui mène des enquêtes de longue haleine que les média traditionnels n’ont plus les moyens d’entreprendre, mais qui sont essentielles au fonctionnement démocratique. Financées elles aussi par des fondations, California Watch et d’autres startups pourraient être l’avenir du journalisme d’investigation. Le cas de ProPublica, un site lancé par un ancien du Wall Street Journal et financé par un couple de philanthropes, est exemplaire. Le site vient de décrocher son premier Pulitzer, le prix le plus convoité par les rédactions américaines, pour une longue enquête sur des morts inexpliquées dans un hôpital de la Nouvelle-Orléans après la tempête Katrina…Non, le journalisme n’est pas mort. Hélène Goupil, la jeune journaliste, a raison.



Une liste de sites d’investigation récemment créés suivre le lien

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